Wynton Marsalis Septet : "Blue Interlude" (1992)
J'écoute Blue interlude avec la fraiche oreille du non-spécialiste, mon rapport au jazz n'étant qu'instinctif. En cela, je peux même dire qu'il m'était au départ "dépressif".
Avec l'oreille non-éduquée que je revendique, je crois d'abord qu'il s'agit d'un enregistrement de la fin des années cinquante, début soixante, la grande époque de Blue Note. Il faut dire que tous les signes sont réunis, depuis la pochette jusqu'aux premières notes de la basse (qui évoquent le début de Kind of blue) pour nous faire entendre cela.
Mais plus qu'un retour à une époque bénie du jazz, je crois que ce disque nous séduit avant tout par son caractère universel, intemporel. Retournant la pochette, je m'aperçois qu'il est en réalité sorti en 1992... C'est la dernière collaboration du pianiste Marcus Roberts au "Wynton Marsalis Septet". J'adore son touché, ses improvisations toujours mélodiques, et une sonorité qui me rappelle quelque chose que je connais et n'identifie pas tout de suite. Soudain, cela me revient et la coïncidence me trouble : le premier disque de jazz que mon père m'a offert dans ma prime adolescence fut un album solo de Marcus Roberts. La rencontre est hasardeuse, mais peut-être pas dénuée de sens.
Le coeur de l'album est constitué du morceau qui donne son titre à l'album, et qui chante les amours de "Sugar Cane et Sweetie Pie", dans lequel on peut entendre une démonstration que la musique sans paroles peut raconter une histoire, ou bien un acte de foi esthétique revendiquant la fusion savoureuse du jazz moderne avec celui des grands prédécesseurs, et finalement la sublimation des petites formations, dont le sextet qui va se séparer est l'apothéose.
Fait unique, à ma connaissance dans la discographie du jazz, Wynton Marsalis, dans le morceau précédent, délaisse un moment la trompette et se met au piano pour un monologue plein d'humour dans lequel il présente les thèmes de "Blue interlude". Même si l'on entend mal l'anglais, ses paroles chantent, et sa voix séduit. Dans ce morceau de musique, la parole est un instrument.
Par "Interlude" on peut entendre "ce qui est entre le jeu", entre différents morceaux. Cet entre-deux, entre-soi, est peut-être l'âme même de ce qui se passe entre un musicien et celui qui l'écoute. Et peut-être aussi entre ceux qui se le passent. Ainsi tourne le disque sur la platine, creusant le sillon "blue" de la mélancolie, craquant un peu, mais vaillant, et comme le disait Apollinaire "tendre comme le souvenir".

tendre comme le souvenir... Beau texte. Beau projet...
RépondreSupprimerMerci beaucoup Constance pour tes encouragements. La suite arrive vite ; c'est un petit exercice pour me dérouiller les doigts... Heureux que tu sois ma première commentatrice !
SupprimerPremiers pas sur votre blog qui m'apparaît tout aussi intéressant que votre Facebook.
RépondreSupprimerJe reviendrai c'est certain
Françoise Ruban